Info modo : cette discussion a été déplacée depuis Les États généraux du cinéma français.


Voici un graphique très bien fait sur l'évolution de la fréquentation en salles françaises depuis 1945 (je ne trouve pas de page présentant ce graphique – je l'ai trouvé stocké sur le site de l'ACAP, même s'il est apparemment conçu par l'AFCAE) :

Pour lire le détail, vous pouvez regarder l'image en haute définition (clic droit sur l'image > "Ouvrir l'image dans un nouvel onglet"), ou aller directement au PDF originel (tant que le lien est en ligne).

On se rend compte que :

  • Il n'y a eu que deux chutes majeures : l'une, spectaculaire, dans les années 60 (quand la TV se répand dans les foyers), qui ne fut jamais récupérée ; et une autre plus modeste au début des années 80 (à l'essor de la cassette vidéo), qui fut progressivement rattrapée ensuite, possiblement grâce au multiples programme de soutiens mis en place dans ces années. Le reste du temps, la fréquentation est relativement stable.
  • La fréquentation cinéma, jusqu'ici, ne semblait pas avoir souffert ni de la carte UGC, ni du piratage, ni des smartphones et réseaux sociaux, ni de Netflix.

EDIT : attention, les ordonnées (entrées annuelles brutes en millions, si je comprend bien) doivent être mises en relation avec l'évolution de la population française. Car sur la même période celle-ci croit énormément, ce qui peut expliquer la "stabilité" des entrées dans la deuxième partie du siècle (stabilité qui ne serait donc qu'une baisse déguisée, seulement compensée par l'augmentation du volume total de public) :


(sources graphique population : chiffres wikipedia)

Ha ouais la vache la chute de la fin des années 50 est bien raide ! Ce serait marrant de retrouver les discours de l'époque : voir si la profession tenait les mêmes discours catastrophistes qu'aujourd'hui. Je n'ai pas le souvenir d'avoir lu cela nulle part… Au contraire j'ai l'impression qu'on en garde plutôt le souvenir d'une période dynamique (début de la Nouvelle Vague, coproductions européennes, élans politiques et militants…), en tout cas en Europe (aux US, ce serait plutôt la transition entre l'âge d'or hollywoodien sur le déclin et le Nouvel Hollywood).

  • Tom a répondu à ça.

    PetarKuzmanovic Ha ouais la vache la chute de la fin des années 50 est bien raide ! Ce serait marrant de retrouver les discours de l'époque : voir si la profession tenait les mêmes discours catastrophistes qu'aujourd'hui. Je n'ai pas le souvenir d'avoir lu cela nulle part… Au contraire j'ai l'impression qu'on en garde plutôt le souvenir d'une période dynamique (début de la Nouvelle Vague, coproductions européennes, élans politiques et militants…), en tout cas en Europe

    Idem, pour la France j'en avais jamais entendu parler. On doit être dans un de ces cas d'école de moment où l'histoire du ciné retient uniquement la part qui l'intéresse (comme c'est strictement contemporain de la nouvelle vague, on retient l'explosion de jeunes réals oui, mais à eux tous réunis ils représentent qu'une toute petite part du box-office, donc pas du tout représentatifs de l'état de la fréquentation - suffit de regarder le box-office de 1960 pour s'en apercevoir...).

    Cela dit, la conférence pour les États généraux (je ne sais plus à quel TC) parle d'une période passée où il y avait eu mobilisation pour protéger le cinéma, peut-être parlaient-ils de ça ? (je sais pas d'ailleurs quels sont les "complexes" dont ils parlent sur le graph à partir de 1966).

    PetarKuzmanovic (aux US, ce serait plutôt la transition entre l'âge d'or hollywoodien sur le déclin et le Nouvel Hollywood).

    Oui pour les USA pour le coup j'ai l'impression qu'il y a tout un imaginaire cinéphile sur le sujet, tout ce qui est lié à la perte de puissance d'Hollywood (public changeant, fin du code hays, loi anti-trust...), l'hypertrophie des films pour combler les déficit en croyance (peplums aux mille figurants...), et tout ce qui a été inventé dans les années 50 pour contrer la TV (cinémascope, couleur étendue à tous les genres, première tentative d'imposer la 3D, tous les nouveaux système de projection en -rama...). Pour le coup, il me semble que le Nouvel Hollywood arrive sur une industrie déjà à terre, et déjà reconfigurée (drive-ins, salles de quartier...).

    Cela dit ça commence beaucoup plus tôt chez eux, dès l'après-guerre :

    ... mais ça reste logique, en ce que ça semble strictement lié à l'essor de la télévision (en vert) :

    Et voilà pour l'évolution des entrées salles dans les principaux pays du monde (j'aurais jamais imaginé une telle montée en Europe pendant la guerre) :

    (source pour les graphs des entrées / source pour le graphique TV)


    Bon, sinon ce que je retiens de tout ça c'est que le piratage n'a pas eu d'effet négatif sur les entrées (au contraire) nulle part dans le monde, je dis ça je dis rien...

    (j'aurais jamais imaginé une telle montée en Europe pendant la guerre)

    Pour le coup, en ce qui concerne la France, j'ai le souvenir d'avoir lu que c'était paradoxalement l'"âge d'or" du cinéma français, débarrassé de la concurrence américaine, qui avait donc tout son marché intérieur pour lui seul ou presque (les films allemands et italiens n'étant vraiment pas populaires...). Et que pendant la guerre les gens allaient beaucoup au cinéma pour se changer les idées, ce qui peut se comprendre.

    Aux US j'imagine que ce n'est pas l'élimination de la concurrence qui joue, mais plutôt le contexte, avec des films de propagande produits et diffusés rapidement et en grand nombre. La sortie au cinéma pouvait alors aller de pair avec un sentiment patriotique j'imagine.
    Et on en a déjà parlé, je sais que tu n'es pas d'accord, mais pour moi les années quarante, c'est une très bonne période du cinéma hollywoodien !

    Bon tout ça c'est des intuitions, je n'ai pas l'appui de solides graphiques comme toi !

    PetarKuzmanovic On s'éloigne dangereusement du topic-titre

    Arrière, tentateur, j'essaie d'arrêter !
    C'est pourtant pas l'envie de sortir les ciseaux qui manque... (EDIT : ayé, j'ai fauté)

    PetarKuzmanovic Bon tout ça c'est des intuitions, je n'ai pas l'appui de solides graphiques comme toi !

    Ouais alors précisions quand même que c'est du graph trouvé via google images. Je jette rapidement un coup d’œil au site pour voir si c'est au moins lié à un article et pas juste reposté, mais en soi faudrait quand même vérifier d'où ça vient et si c'est exact...

    Bon ou sinon aller afficher dans les écoles d'économie pour faire venir des spécialistes.

    PetarKuzmanovic Pour le coup, en ce qui concerne la France, j'ai le souvenir d'avoir lu que c'était paradoxalement l'"âge d'or" du cinéma français, débarrassé de la concurrence américaine, qui avait donc tout son marché intérieur pour lui seul ou presque (les films allemands et italiens n'étant vraiment pas populaires...).

    Oui c'est vrai maintenant que tu le dis j'avais lu ça aussi... C'est zarb. Faudrait peut-être trouver d'autres graphiques pour confirmer, ou des gens sachant les lire/analyser.

    Après, je sais que la nouvelle vague a coïncidé avec une explosion des jeunes cinéastes, donc peut-être est-ce lié à cela ? (je vois dans les notes sur mon cours nouvelle vague : "150 nouveaux réals apparus entre 1959 et 1962" – la plupart ne perdurant probablement pas cela dit, les prods avaient profité à fond de l'effet promotionnel "apparition d'un jeune talent" qu'ils pouvaient produire avec un budget dérisoire).

    Cette image vient aussi peut-être de la création du CNC en 1946, liée à la déferlante de films américains après guerre (on lit sur la page wiki que "sa création est aussi la conséquence de l'accord Blum-Byrnes, qui impose l'abrogation des règles d'interdiction de projection des films américains. Le 24 septembre 1948, le Journal officiel publie la première loi d'aide du CNC aux producteurs de films français et aux exploitants de salle grâce à un fonds d'aide alimenté par la taxe spéciale additionnelle".

    PetarKuzmanovic Et que pendant la guerre les gens allaient beaucoup au cinéma pour se changer les idées, ce qui peut se comprendre.

    NON, c'est parce qu'ils étaient nazis. Tous.

    PetarKuzmanovic Et on en a déjà parlé, je sais que tu n'es pas d'accord, mais pour moi les années quarante, c'est une très bonne période du cinéma hollywoodien !

    C'est un position dont je reviens un peu. Mais ça reste la période avec le moins de caractère pour moi ouais, un moment de stabilité avec plein de bons films, mais peu de mouvement (passé Welles, et le film noir auquel je goûte modérément). Je trouve en gros que le cœur de l'âge d'or a moins d'identité et de goût que son essor (30') et sa dégradation (50'). Je dis ça alors que j'ai assez peu de films adorés des années 30 à citer...

    Cela dit je précise là j'ai pas les chiffres de fréquentations aux USA durant la guerre.